Les œuvres sélectionnées pour le concours

Les lauréats en collège

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1er prix : Collège Jacques Prévert, Masnières, Mme Cahier classe de 4°

Une Route près d’Arras, Camille Corot

Un après-midi d'été. J’ai soif autant que vous, et ma peau se craquèle sous vos pas. Il fait très chaud, et seuls deux paysans ont le courage de s’aventurer sous cette vive couleur orangée.

Neuf heures déjà que les coquelinements du roi de la basse-cour m'ont fait vibrer.

En contrebas résonne le clapotis silencieux du ruisseau dont les eaux si limpides et si pures m’apportent une précieuse pluie qui précipite, puis se répand en nappes.

Rougeâtres, blanchâtres, ces fleurs dont la couleur change en fonction de la luminosité sont accueillies sur les berges verdoyantes. Des fleurs bleues, symboles de la nation, s'ajoutent et illuminent ma voie.

Ombrageant quelque peu mon tracé, la longue chevelure des saules et des bouleaux reste immobile. Quiconque avance sur ma surface poudreuse entremêle ses souvenirs aux miens.

Un toit en chaume gris clair reflète les maigres rayons du soleil. Une façade beige, tel un visage, me regarde fixement. L’enchevêtrement presque infini des vieilles bâtisses me rend plus belle encore.

Trois rejetons du fidèle compagnon de l'homme, à la fourrure blanche et douce, gambadent fréquemment dans mes parages. Je sens leurs petits coussinets qui me chatouillent.

Embrasés par les rayons lumineux, les arbres qui me bordent assombrissent la robe bleue et le petit gilet court de couleur ivoire qui habillent une vieille paysanne.

Pensive, elle retrace des souvenirs anciens avant de s'éteindre. Elle saisit en elle ce qui lui échappe, approche ce qui est resté enclos dans sa mémoire. Et j'en fais partie.

Ravissante, je suis la voie du bonheur.

Et son bonheur s'en voit ravi !

Sur moi, la lumière du jour brille tellement qu’elle fait s’envoler en éclats mes fines particules dorées vers les cieux.

De vastes contrastes m'illuminent et la beauté des champs se reflète sur ma personne. C’est un lieu de refuge, de rencontre, on y retrouve confort et prospérité.

Avancez. Qui de mieux que des amoureux enlacés et aimants devant la beauté des lieux ?

Reculez. Ils sont là près de moi. Je les écoute !

Recommencez. J’admire, je contemple, je partage ce qui m’entoure.

Assez. Mon histoire ne fait que s’épandre chaque jour et ma beauté si paisible, si tranquille, accroît la richesse de ma région. Je mène à l'emblème rugissant qui place les héros au cœur même du souvenir.

Savourez. Je suis une route près d'Arras, et j’égaye vos journées. Je serai toujours là et personne ne pourra m’oublier.

Danny Normand avec la participation d'élèves de la classe

2ème prix :  Collège Saint-Exupéry, Lille, Mme Okat, classe de 4°5

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

Enfant de lumière,
Divin comme une auréole sur tes cheveux d’or
Tes cheveux brillent comme le soleil
Et même si tu sembles avoir sommeil,
Ta vie ne te semble pas être un triste sort ?
Tu rêves petit enfant,
Et tu regardes des étincelles.
Toi qui maintenant t’imagines des ailes,
Ton regard si vide et patient.

Enfant de la forge,
Divin comme le sombre atelier dans lequel, toi, petit gamin, as travaillé
Habitué au son des outils
qui t’ont accompagné toute ta vie
Remarques-tu ces étincelles couleurs orge ?
Ta destinée est déjà toute prévue
Mais elle te demeure encore inconnue
Ces étincelles viennent raviver la flamme de tes espoirs
Dans cette infinité de noir
Tes joues rougeoient dans l’obscurité
Petit ange à la chevelure dorée.
Tu ne dois pas rêvasser, un mouvement de travers et...

Enfant du bonheur,
Pour tes parents et les croyants, tu es l’envoyé du seigneur,
Aux yeux de tous, en attendant, tu n’es que le petit remouleur.
Tes vêtements de la couleur du ciel,
Tes cheveux similaires au soleil,
Ta chevelure et tes étincelles font de la lumière.
Ces deux couleurs se fondent bien ensemble et me font penser à l’or pur de la forge de ton père.

3ème ex aequo : Collège Saint-Exupéry, Lille, Mme Bellynck, classe de 6°

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

Le divin apprenti
Toute la journée dans l’atelier,
A Tailler son couteau,
Ses outils derrière lui accrochés,
La lumière le rend plus beau.
Sur sa tête penchée,
On voit bien ses joues rosées.
Les étincelles qui s’envolent du couteau
Rendent plus belle sa tunique bleu-eau.
Cet enfant semble anonyme,
Mais pourtant il est très connu.
Venu sur terre pour sortir les âmes de l'abîme,
Car c'est lui l'élu.
Sur son ouvrage les bras tendus, il accomplit sa tâche ardue.
Essoufflé dans sa grange, A devenir menuisier,
Il remonte sa frange,
Par le soleil bien éclairé.
À la fin de la journée,
Son couteau est bien aiguisé,
À la fin de la journée,
Il peut enfin se reposer.

3ème ex aequo : Collège Pablo Neruda, Vitry-En-Artois, Mmes Recorbet et Salembier, classe de 4°A

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

Tu es grise, un peu rouillée, tu es une pierre polie (ta polissure, ta douceur). Tu as besoin d’eau pour fonctionner et cela te plaît. Tu aimes quand je te fais tourner pour aiguiser ma lame ou d’autres objets. Tu tournes et je travaille. Je décide de ta vitesse. Tu prends ton temps. Tu m’es tellement utile. Tu fais jaillir loin la lumière de mes outils, tu fabriques des étincelles. C’est de l’or en flammes qui éclaire l’atelier. Je dois faire attention au feu que tu dégages et aux brûlures que je pourrais me faire.
Tu aimes quand je te laisse à ta place, dans l’atelier. Tu ne veux pas en sortir. Tu es une meule, tu aiguises.

Les lauréats en lycée

1er prix : Lycée Arthur Rimbaud, Sin-Le-Noble. Mme Kucharski, classe de Terminale HLP

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

L’odeur du bois riche de souvenirs et d'histoire s'entremêlant à celle du brûlé, mon dos embrasé par le soleil, je me sens d’humeur tranquille, d’humeur reposante, d’humeur à dormir en attendant que le temps passe lentement mais sûrement. Mais aujourd'hui point de répit. L'affûtage de mon poignard par ce jeune garçon scellera mon destin. Je connaîtrai alors une nouvelle existence celle de l'errance perpétuelle. Éblouie par ses gestes, je contemple l'apprenti charpentier, sa tunique bleue trop ample. Sa concentration m'étonne. Je fixe ses mains à quelques centimètres de la meuleuse, prête à lui offrir le sang, la douleur, la peur et peut-être même la mort. La mort, une symphonie sombre que je m'apprête à composer lorsque cette lame sera aiguisée. Tel un funambule sur le fil de l'existence, l'enfant manipulant la meuleuse brave le danger à chaque instant, défiant la lame aiguisée. J'imagine sa main frôlant la meuleuse, soudainement coupé en un battement de cils : sang, détresse, regard implorant d’un enfant. Ah ! J'aime imaginer ce petit être passé de grandes concentration à détresse absolue. Je rêve de son déclin, il aiguise mon futur poignard avec une perfection glaciale.

Le blond absorbé, tourne autour de la meuleuse et du poignard, ses seuls mondes. Une profonde admiration m'envahit pour ce garçon. Sa patience, un souffle de calme. Ses savoirs, une énigme déployée. Son innocence, une flamme pure. Imaginant que ce poignard ne tranche que l'ordinaire, ignorant son destin tragique. Au loin ces images d'horreur. Oh ! qu'elles soient loin de moi. Soudain Emoi domine, yeux embués ne me laissant qu'apercevoir les étincelles jaillissant de ses gestes. Ému tel un père épris de son enfant. Mon fils subtilisant mon haut bleu, dans son atelier boisé où se fondent ombre et lumière en douce mélodie. Le soleil préférant caresser ses cheveux d'or, délaissant le reste. Un regard furtif vers une scie dissimulée dans l'ombre, consciente de mes desseins. Ses lames frémissent à ma vue. Ne crains rien, Ô douceur, je n'userai point de toi pour mes desseins. Aujourd'hui, l'ami poignard affûté, complice silencieux, ôtera la vie. Devant ce métal, mon regard se fige, songeant à son ultime forme, priant pour qu'elle soit aussi acérée que l'éclair. Je serai alors aussi absorbé par ma tâche que ce petit garçon ne l'est avec sa meuleuse.

2ème ex aequo : Lycée Arthur Rimbaud, Sin-Le-Noble. Mme Cambon Huvelle, classe de 2nde

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

Ce chemin je l’ai parcouru de si nombreuses fois avec mes amis pour me rendre à mon école.
Il était bordé par une vieille bâtisse en pierre qui donnait l’impression d’être abandonnée. Elle était très mal entretenue et avait une apparence si fragile, à l’image de la vieille dame qui l’habitait.
C’était notre point de repère pour commencer notre partie quotidienne de chat perché, avant de franchir la porte de l’école où nous avons passé de si bons moments. A la récréation, on nous donnait un biscuit et un verre de lait chaud : cela nous réchauffait.
En revenant de l’école, vers le printemps, nous scrutions les arbres fruitiers qui appartenaient à la vieille dame à l’air si lugubre. Elle ressemblait à une sorcière, du genre de celle qui maudit les enfants derrière les murs tordus et la façade noircie de sa maison.
Mais elle nous laissait cueillir des fruits.
En sortant de sa maisonnette
Aux tuiles rouges et aux murs noirâtres
Une jeune demoiselle prend quelques noisettes
Elle s’engage sur le chemin bordé de bâtisses en plâtre
Longeant les grands arbres verts
Traversant la rivière

Suivant le sentier vers le village
S’éloignant du rivage
Elle croise des roses et des regards
Bientôt seule sur ce passage
Elle se met à courir à travers champs
Ne voyant plus les grands sages et leurs feuillages
Elle s’assoit sur un banc
Elle jette les petits fruits
Qui comme chaque jour tombent dans le puits
Et reprend sa trajectoire vers la ville du désespoir
Elle passe la grande porte noire
Les rues sont presque vides
Et les quelques gens qui passent ont le teint livide
Le ciel est gris
Annonçant la pluie
Elle se dépêche d’arriver à l’épicerie
Y achète de quoi survivre pour la journée
Et s’enfuit de cet endroit
De retour à sa chaumière
Elle sait qu’elle recommencera le lendemain
Elle allume sa petite lumière
Et mange seule sa faible ration de pain
Elle nous laissait prendre des fruits.
Sans dire un mot, tandis qu’elle jouait avec les quelques noisettes qu’elle tenait toujours dans ses mains.

2ème ex aequo : Lycée privé de Marcq-en-Barœul, Mme De Warlincourt, classe de 2nde

Hélène et Pâris, Antoine-Jean Gros

Hélène

Calme et sereine, elle s’est déjà accommodée
Comme toujours, à être au centre des pensées.
Qui ne serait vulnérable à de tels éclats ?
Cheveux miel, teint fleuri, tout homme restera
Figé, troublé, tel Polydecte médusé,
À la vue de cette gracile vénusté.

Donnée par Aphrodite à ce vaillant Pâris,
Elle use d’un sourire qu’à tous elle esquisse.
Mais, ce Prince, envoûté par de pareils attraits,
Ne peut imaginer les réelles pensées,
De celle qui des Grâces détient la beauté,
Mais possède l’esprit de la fourbe Apaté.

Personne ne peut contester cette splendeur,
Sa bouche charnue rappelle maintes saveurs,
Un ruban tresse ses divins cheveux ambrés,
Sa peau vermeille brille de mille reflets.
Ses yeux abaissés feignent ne pas le savoir.
Pourtant, même le ciel est jaloux de sa gloire.

3ème prix : Lycée professionnel de L’Yser Wormhout, Mr Bouchard, classe de prépa pro

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

Voici ce petit garçon blond
Qui dans la lumière fond
Ce petit garçon qui travaille dur
Pour que son avenir soit sûr

Cet enfant sur sa meule
Cet enfant se sent seul
Cet enfant enfermé
A envie de pleurer

Cet apprenant qui lime son couteau
Alors que dehors il fait si beau
Que son règne se réalise bientôt
Et que son rêve s’exauce aussitôt

Ce garçon qui veut vivre en douceur
Pour un jour atteindre le bonheur
Même si au fond il a mal
Continue les mains dans les flammes

Il ne veut pas sourire
Il continue de souffrir
Pour se voir réussir
Pour rêver d’un bel avenir

Emy Glachet

Texte remarqué par le jury : Collège Langevin, Avion, Mme Pulliat, classe de 5° latinistes

Hélène et Pâris, Antoine-Jean Gros

C’est gênant pour Hélène : elle est dénudée contre l’homme qui l’a enlevée et la regarde intensément. Que va-t-il se passer ?

Les cheveux doux de la jeune femme illuminent son visage. Leur éclat doré réhausse ses boucles magnifiques. Son corps est charnu, potelé et très attirant. La peau d’Hélène semble si blanche, tellement lisse et douce, tellement parfaite qu’elle donne envie de la toucher. Ses seins ronds et fermes attirent le regard. Ses joues se colorent sous l’effet de la honte, de la pudeur ou de la timidité.

« Nous avons été tous les deux les jouets des dieux, laisse-moi tranquille, Pâris, je ne suis pas ton épouse ; mon mari Ménélas ne va pas être content, sa vengeance sera terrible et la guerre entre les Troyens et les Grecs risque d’éclater. »

Pâris, lui, est prêt à tout pour elle, il donnerait sa vie, ses richesses, son royaume. Il aimerait faire d’elle sa reine. In ne pense qu’à l’amour que lui a soufflé Aphrodite.

Moi, je fais chemin entre le corps d’Hélène et le corps de Pâris. Je suis d’un rouge tellement vif que je ressens la passion qu’il éprouve pour elle.

Ses yeux supplient : « Embrasse-moi donc ! »

Le jury souligne le travail d'écriture et de lecture collaborative du collège Pierre Brossolette Noyelles-Sous-Lens, Mme Gouillard, classe de 6°

Le Divin Apprenti, Virginie Demont-Breton

Je suis le divin apprenti !
Je suis installé ici,
Dans l’ombre douce du grenier,
Futur charpentier.

Pour travailler le métal,
Je me munis de mon arsenal,
Je prends la tenaille et je m’approche de la meule
Qui me regarde d’un mauvais œil.

Le soleil chaud sur mes cheveux
Comme une étincelle de feux
Brûlante, me frôle,
Sur moi, baigne une auréole.

Ma tunique est un peu trop grande pour moi,
Il ne faut pas que je me brûle les doigts.
Les bras tendus et douloureux,
Je me dois d’être courageux.

Le divin apprenti, c’est moi,
Qui grave dans le bois.
Sous la lumière blême où le temps s’achève,
Je suis un enfant qui rêve.

Derrière moi, une porte où le monde reprend son cours,
Là, où on voit le jour…
Mais dans cet antre sacré, je sculpte mon chemin,
Je suis l’artisan de mon propre destin.